Sur tout le continent, les défenseur·e·x·s des droits humains jouent un rôle essentiel pour garantir la justice, que soit par la défense la liberté d’expression et d’association, l’exigence des comptes aux gouvernements ou la lutte pour l’égalité des genres.
Cependant, malgré leurs nombreuses contributions à la société, les défenseur·e·x·s continuent de se heurter à de graves obstacles : restrictions à leur liberté d’expression, de réunion et d’association, criminalisation de leur travail, restrictions d’accès aux financements pour les ONG et recrudescence des attaques gouvernementales à travers le continent. Ces pressions s’intensifient souvent en période électorale – sept élections sont prévues en Afrique en 2025 – et dans un contexte de troubles constitutionnels persistants au Sahel et en Afrique de l’Ouest.
La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) demeure un outil régional essentiel de plaidoyer pour les défenseur·e·x·s des droits humains. Créée en 1981 en vertu de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples, elle a notamment pour mandat de promouvoir et de protéger les droits humains par le biais du suivi, de la documentation, de la mobilisation d’expert·e·x·s et du dialogue avec les États. Pourtant, la Commission africaine reste sous-utilisée par la société civile, souvent en raison d’une méconnaissance de son fonctionnement ou de difficultés à s’y retrouver dans ses procédures.
Pour contribuer à combler cette lacune, ISHR et Front Line Defenders (FLD) ont lancé un appel à candidatures pour former des défenseur·e·x·s des droits humains à une interaction efficace avec la CADHP. Cette initiative s’appuie sur les discussions menées lors d’un événement parallèle à la 83e session de la Commission africaine en avril dernier, qui a présenté le nouveau cours en ligne d’ISHR sur le système africain des droits humains. L’appel a suscité plus de 700 candidatures, parmi lesquelles 16 personnes ont été sélectionnées.
Ces dernières se sont retrouvées à Banjul, en Gambie, pour deux jours et demi de formation, suivis de trois jours d’échanges au Forum des ONG organisé par le Centre africain d’études sur la démocratie et les droits de l’Homme, et de leur participation à la 85e session de la CADHP. Elles provenaient de nombreux pays, dont le Bénin, la Côte d’Ivoire, la République démocratique du Congo, le Kenya, Madagascar, le Nigéria, le Rwanda, le Sénégal, l’Afrique du Sud, le Togo, la Tunisie, l’Ouganda, la Zambie et le Zimbabwe.
Leur travail de plaidoyer couvre les droits des femmes, les droits des personnes LGBTIQ+, la justice environnementale, la lutte contre la traite des êtres humains, la protection de l’espace civique, le droit au logement et la défense des défenseur·e·x·s des droits humains. Plusieurs personnes participantes sont des figures de proue de leurs mouvements nationaux respectifs.
Au cours de cette formation, elles ont échangé leurs expériences et leurs bonnes pratiques, tout en approfondissant leur compréhension des principaux mécanismes de la Commission, notamment les processus de notification des États et de notification parallèle, les procédures de communication et les mécanismes spéciaux.

© ISHR, FLD
Les personnes participantes ont rencontré le personnel de la CADHP et ont eu des discussions constructives avec les commissaires Hatem Essaiem et Remy Ngoy Lumbu. Le journaliste et défenseur des droits humains gambien Fabakary Ceesay a également partagé son témoignage d’activiste en exil, décrivant comment la Commission a contribué à documenter son cas et celui d’autres personnes sous l’ancien régime.

© ISHR, FLD
Un élément clé de la formation était axé sur la sécurité et la protection — en ligne et hors ligne — avec l’apport d’experts des spécialistes FLD sur la prévention et la réponse aux représailles.
Grâce à des exercices de mise en situation, les participant·e·x·s ont élaboré des argumentaires de plaidoyer utilisés lors du Forum des ONG et de la session de la CADHP, pouvant ainsi nouer des contacts avec des parties prenants dans la région et contribuer aux discussions sur le thème de l’Union africaine de cette année : « Justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine par le biais des réparations ». Chaque personne participante s’est vu confier des « défis de mission » pendant le Forum, allant de la participation aux tables rondes à des échanges avec au moins cinq nouvelles ONG !
Trois participant·e·x·s sont également intervenu·e·x·s lors d’événements parallèles officiels, amplifiant ainsi leur plaidoyer sur des enjeux nationaux et régionaux :
- Claver Touré (Alternatives Côte d’Ivoire) a abordé le rôle de la famille en Afrique et les implications des réformes juridiques sur les libertés individuelles.
- Idah Muli, survivante kényane et fondatrice d’Arise and Thrive Africa, a partagé son expérience des victimes lors d’un événement consacré aux disparitions forcées et aux réparations.
- Christopher Opio (Ouganda) a mis en lumière la responsabilité des entreprises en matière de droits environnementaux lors d’une table ronde sur les disparitions forcées, les terres et les ressources naturelles, dans le cadre du lancement d’une étude novatrice du Groupe de travail des Nations Unies.

© ISHR
Tous·x·tes les participant·e·x·s ont également consulté Ana Lorena Delgadillo Pérez et Aua Baldé, présidente du Groupe de travail des Nations Unies sur les disparitions forcées ou involontaires. Bien plus qu’une simple formation, cette expérience a permis de tisser un solide réseau de solidarité entre les défenseur·e·x·s et a encouragé un engagement durable auprès de la Commission.
ISHR et la FLD s’engagent à poursuivre leur soutien à ces activistes afin de leur permettre de renforcent leur plaidoyer, tant au niveau national qu’au sein des futures sessions de la Commission.
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