Ce panel, consacré aux prochaines étapes de la Convention, était animé par la Commissaire Janet Sallah-Njie, Vice-Présidente de la Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples (CADHP) et Rapporteure spéciale sur les droits des femmes en Afrique.
Y ont participé S. Priscilla Yagu Ciesay, Secrétaire exécutive de l’Association des femmes pour l’autonomisation des femmes et des victimes, Jaqueline Mutere de Grace Agenda Kenya et Adjo Delali Kloutseh, Directrice des programmes de Femmes Africa Solidarité.
Les intervenantes ont souligné l’urgence de sensibiliser le public à la Convention de l’Union africaine sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes et des filles (CEVAWG en anglais), instrument juridique transformateur visant à renforcer la protection contre toutes les formes de violence ciblant les femmes et les filles.
La Commissaire Janet Sallah-Njie a examiné les implications pratiques de la mise en œuvre et de la diffusion de cette nouvelle Convention, qui vise à harmoniser les efforts déployés à travers l’Afrique pour éliminer la violence sexiste sous toutes ses formes : physique, psychologique, sexuelle, économique et numérique.
La commissaire Njie a ouvert la session en soulignant que l’adoption de la Convention représente un tournant décisif pour la défense des droits des femmes en Afrique.
Elle a noté que la Commission considère la Convention non seulement comme une étape politique majeure, mais aussi comme un appel à l’action collective des États membres de l’UA, des acteurs de la société civile et des communautés.
La commissaire a insisté sur l’importance de traduire le texte juridique en un véritable changement sociétal par la ratification, l’intégration dans les législations nationales et l’allocation de ressources. Elle a également rappelé aux participant·e·x·s que, en juillet 2025, seuls quelques pays, dont la Gambie, l’Angola, le Libéria et la République démocratique du Congo, avaient signé la Convention, comme l’indiquait une déclaration de la Commission.
Réaffirmant le contexte difficile pour les femmes en Afrique, marqué par un nombre élevé de féminicides, Adjo Delali Kloutseh a souligné l’importance de la ratification et de la sensibilisation à la Convention – nous avons constaté dans la salle que très peu de participants la connaissaient.
Cet instrument ne remplace pas le Protocole de Maputo, mais le complète, et insiste sur les obligations juridiques des États.
S. Priscilla Yagu Ciesay a mis en lumière les difficultés persistantes rencontrées par les victimes de violence, notamment dans les communautés rurales et conservatrices.
Forte de son expérience de terrain, elle a expliqué que la peur de la stigmatisation, le manque de confidentialité et le sentiment d’inutilité du système judiciaire dissuadent les victimes de témoigner. Elle a plaidé pour une approche centrée sur les victimes, garantissant l’accès à une aide juridique gratuite, à un soutien psychologique et à un hébergement d’urgence.
Ciesay a également appelé les médias et les organisations confessionnelles à jouer un rôle transformateur dans l’évolution des normes néfastes, conformément à l’importance accordée à la sensibilisation communautaire dans le cadre de l’Union africaine.
Jacqueline Mutere a évoqué la nécessité de construire ces cadres avec les personnes concernées, par le biais de récits et de témoignages, afin de restaurer la dignité des victimes : « Quand on efface une histoire, on efface une vie », a-t-elle déclaré. Elle a également déploré la longueur des procédures judiciaires et insisté sur la nécessité de réparations, non seulement financières, mais surtout morales.
Les discussions ont fait écho aux conclusions de diverses organisations de défense des droits humains, qui ont souligné que la diffusion efficace de la Convention exige une simplification des textes juridiques dans les langues communautaires et une collaboration avec la société civile locale. Les participants ont également insisté sur la nécessité d’impliquer les jeunes et les hierarchies traditionnelles dans les initiatives de sensibilisation, car les normes sociales et les rapports de force déterminent souvent le sort des victimes de violence.
De manière générale, la table ronde a rappelé que la législation seule ne peut mettre fin à la violence fondée sur le genre. Le processus de mise en œuvre doit être inclusif, centré sur les survivantes, doté de ressources suffisantes et faire l’objet d’un suivi continu.
La Convention offre à l’Afrique un cadre unifié et juridiquement contraignant pour réaliser sa vision d’un continent où toutes les femmes et les filles vivent libres de violence, de discrimination et de peur.
Author
Salomé Boucif
Salomé leads our work on trainings and capacity development initiatives online and offline, such as the Human Rights Defender Advocacy Programme and the ISHR Academy. Salomé has over 9 years’ experience working in the humanitarian sector in the field of access to education and advocacy as a project manager.
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