La liberté d’expression, de réunion et d’association sont des droits fondamentaux de la société civile. Elles permettent aux personnes de tous horizons d’exprimer leurs opinions, de participer au débat public, de se rassembler, de s’organiser pour des activités spécifiques, de manifester et de faire entendre leur voix sur les questions de société.
Considérant l’importance des droits à l’espace civique, Wallace Nderu, modérateur de cette table ronde, a reconnu que la protection effective de ces droits est essentielle pour faciliter la réalisation de la mission des défenseur·e·x·s des droits humains en créant un espace sûr où ils peuvent s’engager dans la défense des droits humains sans crainte de représailles.
Malgré l’engagement de respecter, de protéger et de garantir les droits humains en vertu des différents instruments internationaux ratifiés par les États aux niveaux international et régional, des événements récents survenus dans des pays d’Afrique de l’Est, notamment au Burundi, en Éthiopie, au Kenya et en Tanzanie, ainsi qu’en Afrique centrale, au Cameroun, semblent contredire ces engagements.
Par exemple, le 6 décembre 2024, au Cameroun, le ministre de l’Administration territoriale a pris les arrêtés n° 000120/A/MINAT, 000121/A/MINAT, 000122/A/MINAT, 000123/A/MINAT et 000124/A/MINAT suspendant certaines ONG pour une durée de trois mois. Cette suspension est toujours en vigueur et a entraîné une réduction du nombre d’associations dans le pays, passant de plusieurs milliers à 104, ainsi que l’interdiction d’accès aux comptes bancaires pour certaines organisations de la société civile (OSC).
Dans des pays comme l’Éthiopie et le Kenya, les défenseur·e·x·s des droits humains et les organisations de la société civile sont accusés d’infractions pénales, ce qui les empêche de poursuivre librement leurs activités. Kamau Ngugi, président du Réseau des défenseurs des droits humains de l’Afrique de l’Est et de la Corne de l’Afrique au Kenya, affirme que les États d’Afrique de l’Est ont recours à des « tactiques de répression communes » au lieu de créer un espace sûr pour les défenseur·e·x·s des droits humains.
Ces restrictions, observées dans plusieurs pays d’Afrique de l’Est, suscitent des inquiétudes quant à la capacité des défenseur·e·x·s des droits humains à continuer de donner une voix aux sans-voix.
Ce panel confirme la grave répression de l’espace civique dans plusieurs pays d’Afrique de l’Est. Face au non-respect des normes internationales relatives aux droits humains, les intervenants ont appelé à la solidarité collective de toutes les parties concernées par la défense des droits humains afin de résoudre ces situations qui pourraient s’étendre à d’autres régions d’Afrique si rien n’est fait pour les enrayer.
Ce fut également l’occasion de rappeler aux États signataires de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples la nécessité d’adopter des lois protégeant les défenseur·e·x·s des droits humains conformément aux normes internationales.