Plus de 80 pays s'engagent à défendre le multilatéralisme des humains à l'ONU
Une coalition de plus de 80 États a publié une déclaration commune au Conseil des droits de l'Homme de l'ONU soulignant la nécessité cruciale de défendre le multilatéralisme face à l'escalade des conflits mondiaux et à l'érosion du respect du droit international et des droits humains.
Présentée par l’Albanie et soutenue par le Chili, le Kenya, le Kirghizistan et les Pays-Bas, la déclaration (en anglais)** affirme que la coexistence pacifique des nations et des peuples souverains, ainsi que la réalisation des droits humains universels, ne sont possibles que dans un ordre international centré sur les Nations Unies et le plein respect du droit international.
« Nous saluons cette approbation sans équivoque et de grande ampleur des droits humains universels, de l’état de droit international et d’un multilatéralisme effectif par un si grand nombre d’États de toutes les régions. Seule une défense de principe et constante du droit international et des droits humains peut nous protéger tous des abus de pouvoir brut et du transactionnisme insensible et à courte vue que certains voudraient imposer. »
Raphaël Viana David, responsable de programmes pour ISHR
La déclaration conjointe souligne également l’interdépendance des trois piliers de l’ONU : la paix et la sécurité, le développement et les droits humains. « En s’attaquant aux causes profondes des conflits et en renforçant les capacités des individus, des communautés et de la société civile, les droits humains contribuent à rendre notre monde plus sûr et garantissent un développement inclusif, équitable et juste », a déclaré la coalition.
L’ISHR s’est félicitée d’avoir collaboré avec le groupe d’États fondateurs à l’élaboration de cette déclaration et d’avoir veillé à ce qu’elle bénéficie d’un large soutien interrégional.
S’exprimant au nom d’un large groupe se réclamant des « Amis du multilatéralisme des droits humains », les signataires de la déclaration ont affirmé vouloir renouveler la « volonté politique, la vision et l’ambition » ainsi que l’« engagement indéfectible » envers le système des droits humains des Nations Unies, en s’engageant à :
Renouveler l’engagement en faveur d’un système multilatéral des droits humains fondé sur le plein respect de la Charte des Nations Unies et du droit international des droits humains.
Défendre l’universalité et l’indivisibilité de tous les droits humains et s’engager à les promouvoir, les protéger et les réaliser, éléments indispensables à la paix, à la sécurité et au développement durable dans le monde.
Participer au processus de réforme de l’ONU (UN80) afin de maintenir un système des droits humains crédible et doté de ressources adéquates, répondant aux besoins d’assistance technique des États et aux demandes de justice et de responsabilité des victimes et des communautés affectées.
Donner la priorité à l’obtention d’un financement adéquat, prévisible et durable pour le pilier des droits humains des Nations Unies.
Coopérer de bonne foi avec tous les organes des Nations Unies chargés des droits humains, préserver leur indépendance et garantir un environnement sûr et favorable à l’engagement de la société civile, en prévenant et en luttant contre l’intimidation, les représailles et les sanctions à l’encontre de ceux qui coopèrent avec eux.
Renforcer le Conseil des droits de l’Homme et consolider ses relations complémentaires avec les autres organes des Nations Unies afin de contribuer à la prévention, à la paix, à la sécurité et au développement durable, et de faire respecter le droit international.
« Les États ont tracé une voie claire à suivre. Maintenant, ils doivent joindre le geste à la parole. Ils doivent s'unir pour soutenir les efforts ambitieux déployés dans le cadre des négociations sur la réforme de l'ONU afin de renforcer et de mieux financer les organes des droits humains des Nations Unies, notamment le Conseil des droits de l'Homme. »
Phil Lynch, directeur exécutif d'ISHR
Les États ont également souligné que, malgré d’importants obstacles politiques et financiers, le système des droits humains des Nations Unies continue d’obtenir des résultats transformateurs, qu’il s’agisse de soutenir les réformes juridiques locales ou de promouvoir les normes internationales en matière d’égalité, de protection de l’environnement et de droits numériques.
Les signataires ont par ailleurs insisté sur le sous-financement chronique du pilier des droits humains des Nations Unies, reprenant les termes d’une déclaration conjointe du Chili, présentée en décembre dernier au nom de plus de 40 États, qui mettait en garde contre des coupes budgétaires dévastatrices pour les organes des Nations Unies chargés des droits humains.
Dans un rapport majeur publié en octobre dernier, l’ISHR a révélé comment les États ont attaqué le financement des droits humains par les Nations Unies et a récemment analysé les conséquences catastrophiques des dernières négociations budgétaires dans le contexte de la réforme de l’ONU.
« Les principes et les aspirations énoncés dans cette déclaration resteront lettre morte si l’ONU demeure aussi gravement affaiblie et sous-financée. Tous les États doivent s’acquitter intégralement et en temps voulu de leurs contributions aux Nations Unies et redoubler d’efforts pour garantir et défendre un financement adéquat et durable des droits humains lors des négociations budgétaires à l’Assemblée générale. »
Raphaël Viana David
D’après les dernières informations de l’ONU (26 février), seuls 73 États membres ont versé l’intégralité de leur contribution au budget ordinaire de l’organisation.
Des pays de toutes les régions ont approuvé cette dernière déclaration, qui s’appuie sur une première déclaration commune sur la coopération multilatérale en matière de droits humains, menée par le même groupe (à l’exception du Kenya) et présentée par le Kirghizistan lors de la 58e session du Conseil des droits de l’Homme, en mars 2025 – déclaration approuvée par plus de 70 États.
ISHR s’est également exprimé aujourd’hui s’est exprimée au nom de 13 ONG pour appeler le Conseil à adopter un programme de réformes ambitieux visant à renforcer le multilatéralisme des droits humains. La déclaration a salué la nouvelle coalition d’États et a insisté sur la nécessité d’une action conjointe pour garantir un financement adéquat des droits humains, renforcer les travaux du Conseil et défendre les mandats relatifs aux droits humains dans le cadre du processus de réforme de l’ONU.
Voir la déclaration complète ici et la vidéo de la déclaration ci-dessous:
**Liste des signataires (au 3 mars 2026, 12h CET) – 88 États:
UN80 - Take action so reforms are in line with human rights defenders' needs.
Never have we needed a robust international human rights system so badly. But the UN human rights system is in crisis and must be reformed. We need institutions that are principled, consistent, and accountable. Follow our campaign to find out how!